Les amis de Sivergues

 
 
 

LA FABRICATION DES TUILES


Nous sommes à Sivergues, fin des années 1500.
Les habitants, depuis un bon moment, ont besoin de tuiles. Nul marchand de matériaux à l'horizon. Ils font alors comme tous les villages de France: louer un "tuilier-briquetier".

Les consuls (nos conseillers municipaux) en discutent, recherchent la personne idoine. Un contrat écrit est conclu avec lui, et sa rédaction coutera 6 sous, inscrits dans les comptes.

Comme les platriers, comme aussi les peintres de sujets religieux (on peut lire, de Giono, "Le déserteur", une splendide histoire vraie romancée), c'étaient là des professionnels ambulants, seuls capables de produire les tuiles indispensables à la survie des maisons.

Sivergues possède un gisement d'argile, dans le vallon précédant le Castellas, près des ruines dites "la maison du Renard". Le tuilier fabriquait sur place. Il procédait, à sa manière, aux opérations aujourd'hui effectuées par l'industrie : tamiser l'argile sèche - la mouiller jusqu'à la consistance voulue. Ensuite mouler les tuiles fraîches. Pour cela il utilisait des moules en lattes de bois. Les restes de tuiles neuves trouvés sur place en portent la trace. Les faire sècher à point. Ensuite il fallait cuire.

A Sivergues aucune trace de four bâti n'a été retrouvée. On peut raisonnablement penser que, pour des interventions ponctuelles espacées dans le temps, aucun four fixe n'était installé, et que la cuisson se faisait, comme en Afrique pour les poteries, dans un trou où un feu était méthodiquement entretenu. La "Maison du Renard" garde encore les restes de nombreuses constructions. Le tuilier habitait-il là ? Quant à sa rémunération, elle provenait de la vente de sa production. Une fois "la clientèle" satisfaite, il pliait bagages et repartait vers un nouveau contrat.

Il est probable que les paysans siverguois calculaient au plus juste le nombre de tuiles immédiatement nécessaires et une petite réserve en cas, en rapport avec leurs capacités monétaires qui étaient bien restreintes.

La vie en Luberon se faisait dans l'auto-suffisance, et la cascade d'impôts, taxes et redevances de toutes sortes épuisait vite les ressources en argent. La misère est grande et la commune obérée ..." dit un vieux papier de la commune vers 1620. Il n'y avait pas que les impôts. Parfois il fallait faire face à l'imprévu : "Vote d'un emprunt de 500 livres pour payer les dettes de la commune et notamment un boeuf acheté par le consul Pélanchon pour l'étape des cavaliers qui ont logé à Sivergues" (milieu du XVIIème siècle).